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Guy Louis-Thérèse est enfant de la Martinique. Il a longtemps couru dans les rues de la Bâtelière ; sa langue créole s’est façonnée à coups d’amitiés tumultueuses jamais oubliées, son esprit a été façonné par l’exigence de son professeur de philosophie, Edouard Glissant, son corps a encore la mémoire du rythme caraïbe, et son regard perce souvent vers le lointain, vers son île qu’il a quittée pour Paris – et aujourd’hui Amiens.

Mais celui qui chercherait, dans ses œuvres, des traces visibles de paysages antillais, serait très vite déçu ; le pinceau de Guy Louis-Thérèse n’est pas grossièrement imbibé de folklore et d’exotisme caraïbes. D’ailleurs, ses premières aquarelles et encres– qu’il exposa notamment à la Bibliothèque Schoelcher à l’été 87 – sont celles d’un explorateur de l’abstraction où les formes sont prises dans un mouvement qui interdit une interprétation seulement figurative. Guy Louis-Thérèse voyage, laissant au hasard le soin de lui offrir de nouvelles découvertes ; son attention de peintre – et de « chineur » car il est aussi un chasseur de trésors oubliés dans les brocantes – n’est guidée par rien d’autre que par ce qui rompt la monotonie du réel : un reflet, une rugosité dans la matière, une pigmentation, une saillance géométrique inattendue, sont ces accidents qui irriguent son imaginaire. C’est là qu’est la créolité esthétique de Guy Louis-Thérèse, ce mariage de couleurs et de lignes qui vient réinventer une langue picturale ; la mer, le soleil, les arbres et la terre de Martinique sont là mais dans un dialogue avec ce qu’il a appris de la vie, avec les évènements et les êtres qui ont marqués à l’encre vive son cœur.

Guy Louis-Thérèse ne voyage ainsi pas seul. Dans ses dessins à l’encre, « Ciclosporines », les visages féminins dévoilent un monde d’émotions pudiques, discrètes mais intenses. Dans ses dernières œuvres, Guy Louis-Thérèse est toujours voyageur dans une économie de moyens picturaux qui témoigne de son horizon à la fois esthétique et poétique : rechercher dans l’océan où nos vies sont emportées, un lieu dont la douceur est préservée. D’île à elle.

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Un poème d’Edouard Glissant »Bientôt », avec lequel la peinture de Guy Louis-Thérèse dialogue :

BIENTÔT

Les maisons de rapport qui n’ont jamais bien suguy1
Que se laisser salir sans y trouver visage,

Qui ne se sont jamais tournées
Vers une attente,

Voici que maintenant de la beauté les prend
Au point de retenir le soleil qui s’en va

Et de porter l’espoir
Du peuple qui se cache.